Le destin du petit blanc – Extrait du coureur de Brousse – Jean-François Floch

Le destin du petit blanc Au matin, j’étais terriblement angoissé, je ne savais pas pourquoi, mais j’avais les larmes aux yeux, la gorge nouée. Je n’osais pas prendre le départ avant mon tour, mais à peine le bras du commissaire de course baissé, j’avais compris que je ne m’arrêterai pas à l’arrivée et que ma route me conduirait ailleurs. J’avais peut-être fait un chrono ce jour-là. Oui sans doute, car je roulais comme un fou dans ce jardin géant. J’ai dû éviter un photographe et un commissaire de course qui attendaient au milieu de la piste juste après la banderole d’arrivée. Et j’ai roulé. J’ai traversé Kédougou, pris la piste du Niokolo Koba, et continuais à rouler comme un zombi. Juste à

Ceux du monde des arbres. Extrait du Romain Le coureur de Brousse -par Jean-François Floch

Ceux du monde des arbres Ce son, était-il dans ma tête ? Non, je devais arrêter de penser, le son devait être réel. Ma tête avait oublié le réel, loin dans le temps, il ne lui restait que ce son, c’était un balafon, le bois vibrait comme ma peau,… Le mouvement gagnait le corps, les os, le coeur. Le balafon, non, le tam-tam, le son allait et venait dans ma tête. Ils étaient deux, le tam-tam lui répondait, le balafon lui donnait le ton. Le son m’envahissait, il fuyait et ressurgissait. Les tremblements gagnaient du terrain, mon corps n’était plus que mouvements incontrôlables. Le son était diffus, il s’effaçait,… seul le tam-tam vivait encore dans mon coeur, c’était mon coeur, je l’entendais.

Le coureur de brousse – Roman (1991/2006) Jean-François Floch

extrait / tous droits réservés /Jean-François Floch A l’Afrique qui un jour se relèvera de ses cendres pour constater quelle n’est plus ! J’ai été un homme libre De ces mondes lointains je ne veux conserver qu’un mode de pensée, un regard sur la vie, un espoir aussi de n’être pas qu’un pion, un numéro, une hypothèse,… Mélange de cultures, regard inquisiteur tout autant que détaché, je circule dans le réel avec les yeux d’un rêveur, je décris le vivant avec les mots d’un conteur, je te parle “foi” quand tu attendais “loi”, je compte avec mes tripes et calcule mes sentiments. Froid ; je bouillonne d’impatience ; calme, je brûle de violence. Tel est le fruit de mes errances, tel est le tribut

Ahmed, Akhmed, Mohammed et Jean-François – UN MONDE DE FEMME

Aux femmes qui m’ont appris à aimer les femmes. Roman (1996/2006) extraits / tous droits réservés Jean-François Floch Sur une terre de partage En ville, la journée achevée, je pénétrais un nouveau monde des mélanges, non plus celui des nombreuses ethnies de ma zone, mais celui des Arabes, des Européens et des Africains qui s’agglutinaient autour des cinémas et de ces boutiques aux éclairages crus, voire criards, où l’on pouvait acheter un Chawarma. Les Européens venaient le commander pour le consommer chez eux ou aller le manger sur la corniche. Les Libanais, en fait presque tous Syriens, le consommaient sur place. Pour eux, pour nous, le chawarma était un lieu. Les célibataires comme moi y

L’homme qui avait oublié de mourir. Jean-François Floch 2006-2007

Il devait bien avoir cent soixante dix ans, peut-être même deux cent ou plus encore… Sa vie n’était pas de celles qui font rêver, ni même de celles que l’on peut citer en exemple. De mémoire d’homme, sa vie n’avait été que normale, totalement normale, terriblement normale, vulgairement normale. De ses quelques chèvres, il retirait juste assez de lait pour confectionner suffisamment de fromage pour tenir d’une année sur l’autre. Des dattes à la saison, des olives le reste de l’année et sa galette quotidienne de pain de blé et de seigle, telle était sa vie depuis… Depuis plusieurs générations d’hommes. Personne ne pouvait dire à quelle génération il appartenait. Le père l’avait connu âgé, le

UNE ENVIE COULEUR DE SABLE – Nouvelle de Jean-François Floch, 1991

J’avais une envie en Afrique,… Cela faisait huit mois, peut-être plus, sans doute plus. Nos chameaux étaient morts les uns après les autres, d’épuisement, de faim, de soif et d’ennui. Il était là, le regard de l’autre côté de l’horizon, le regard dans la nuit du cœur. Il m’avait tout donné ; ses silences, ses regards, sa souffrance, son sourire… Il regardait au-delà de la vie, il ne cherchait plus, il savait ! – Ne t’inquiète pas, bientôt la caravane passera ici,… tu retrouveras ta tribu. Lui regardait de l’autre côté de la sienne,… Dans mon ventre, au fond de ma tête, une envie,… impalpable, incontournable; terre d’Afrique, sang d’Afrique, je ne savais pas vraiment ni quoi ni où. Elle était

L’Afrique « voyage en terre que l’on croit tant connaître ».

Primitifs ou … Complexes ? Depuis de nombreuses années, lorsque je veux parler de l’Afrique, je commence toujours par essayer de poser les bases permettant à un Occidental d’entrer en douceur dans nos mondes. Nos mondes car si je suis blanc de peau, je suis Nègre de culture et d’animalité. Nègre* et ne le cache pas. Pour vous parler de l’Afrique, il faut que je commence par me situer dans cette Afrique. J’ai eu la chance de naître sur la terre de toutes les légendes. Blanc de peau, un peu Nègre dans mes rêves et nomade dans mes veines, je cours la brousse dans ces rêves d’enfance que je n’ai pas oublié comme sur les mille pistes défoncées qui parcourent ces mondes en agonie et en devenir. Pl

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